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14/09/2012 11:00
SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Lancement des 29e journées européennes du patrimoine

Monsieur le Préfet de la région Lorraine,
Monsieur le directeur général par intérim de la direction générale des
patrimoines,
Madame la cheffe du service du patrimoine,
Monsieur le directeur régional des affaires culturelles,
Mesdames et messieurs les Parlementaires,
Monsieur le maire de Metz,
Mesdames, Messieurs,

Vous comprendrez le bonheur que j’éprouve à lancer aujourd’hui, à Metz,
la vingt-neuvième édition des journées européennes du patrimoine. Et ce
bonheur ne vient pas seulement des liens forts qui m’attachent à cette
ville : il résulte aussi des efforts constants poursuivis ici en faveur du
patrimoine. Metz, déjà doté d’un secteur sauvegardé que vous avez,
Monsieur le Maire, largement développé, va conclure tout à l’heure avec
l’Etat une convention en faisant une ville d’art et d’histoire, et j’aurai
l’honneur et le plaisir de la signer. Je sais que les ambitions de Metz en
matière de patrimoine ne s’arrêtent pas là, que cette reconnaissance déjà
remarquable de son patrimoine en appellera, le moment venu, d’autres, et
je m’en réjouis beaucoup.

Je viens de visiter le chantier de la tour de la Mutte, sous la conduite de M.
Bottineau, architecte en chef des monuments historiques, et j’ai pu
apprécier le travail accompli par les maçons et les tailleurs de pierre, sous
le contrôle des services des monuments historiques, pour restituer la
beauté de ce chef d’oeuvre. J’ai constaté, une fois encore, le très haut
niveau de qualification des professionnels du patrimoine, qu’il s’agisse des
entreprises ou des fonctionnaires du ministère de la culture, engagés pour
mener à bien des opérations de ce type. Ce professionnalisme permet à
l’Etat d’investir en toute confiance pour mener à bien cette restauration.

Chacun pourra se rendre compte, lorsque le chantier sera achevé en 2014,
de l’ampleur et de la qualité du travail accompli.

Nous aimons notre patrimoine : c’est une passion française. Et comment
ne pas l’aimer, comment ne pas se réjouir de pouvoir bénéficier, dans
toutes nos régions, de ces monuments splendides, de ces paysages
magnifiques, témoins de notre histoire, de notre travail et de notre
aspiration à la beauté ? La France compte aujourd’hui 38 monuments et
sites inscrits par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité, ce qui illustre
parfaitement l’exception française en matière de patrimoine. La plus
récente de ces inscriptions, celle du bassin minier uni du Nord-Pas-de-
Calais, m’a, vous le savez, particulièrement réjouie. Elle prouve que le
patrimoine est multiple, qu’il ne se limite pas aux monuments dédiés au
pouvoir et à la spiritualité. Notre patrimoine, c’est aussi celui du monde du
travail et, sans la mobilisation des mineurs et de leurs enfants pour
préserver ces sites miniers, la France n’aurait jamais obtenu cette nouvelle
distinction internationale.

Notre passion pour le patrimoine se manifeste aussi par le succès
constant, depuis près de trente ans, de ces journées que l’on doit à Jack
Lang et qui rassemblent aujourd’hui 12 millions de visiteurs. Il est peu de
manifestations qui correspondent aussi bien à l’objectif fixé par Malraux au
ministère de la culture : mettre à la portée de tous les chefs d’oeuvre de
l’humanité. Durant les deux jours qui viennent, nous pourrons pénétrer
dans bien des lieux habituellement fermés au public et en découvrir les
trésors cachés. Je souhaite que, cette année encore, les visiteurs soient
toujours plus nombreux à profiter de cette chance et à manifester ainsi la
force de leur attachement au patrimoine.

Cet attachement est justifié à plus d’un titre, et c’est sur le rôle majeur que
joue notre patrimoine pour notre développement économique, nos emplois
et notre cohésion sociale que je voudrais insister à présent, car ces
aspects ne sont pas suffisamment soulignés.

Ainsi, une étude nationale réalisée en 2009 sur les retombées
économiques et sociales du patrimoine évalue à plus de 5 milliard d’euros
le chiffre d’affaires des seules entreprises et artisans travaillant à la
restauration du patrimoine protégé. C’est dire si l’investissement accompli
par l’Etat, les collectivités territoriales et les personnes privées pour
restaurer ce patrimoine bénéficie à l’activité économique. Et cet
investissement, ce travail accompli par nos entreprises contribue
évidemment à l’attractivité de notre territoire. Si la France est la première
destination touristique au monde, c’est largement grâce à son patrimoine.

Cette même étude de 2009 évalue les retombées économiques du
tourisme patrimonial à plus de quinze milliards d’euros. J’ai demandé à
l’inspection générale des affaires culturelles de réaliser une étude globale
relative à l’impact de la culture sur notre économie, afin de bénéficier de
données actualisées sur ce point et de mieux cerner la contribution de la
culture à la croissance. Je vais solliciter auprès de M. le Ministre de
l’économie et des finances la participation de l’inspection générale des
finances à cette étude.

Mais le patrimoine, c’est aussi un gisement d’emplois. Ce secteur est riche
d’une grande diversité de métiers, depuis les agents publics en charge du
patrimoine jusqu’au spécialistes de la restauration du patrimoine protégé
en passant par les guides. Au total, ce secteur représente près de 100 000
emplois, toujours selon l’étude nationale de 2009. En ce n’est pas
seulement le nombre, mais aussi le haut niveau de qualification de ces
emplois qu’il faut souligner. Je pense, bien sûr, aux emplois publics, et je
tiens à saluer le grand professionnalisme des architectes en chef des
monuments historiques, des architectes des bâtiments de France, des
conservateurs, des documentalistes et des autres fonctionnaires de ce
secteur : ces spécialistes du patrimoine sont les garants d’un entretien et
d’une restauration des édifices protégés qui respecte leur histoire et leur
esthétique. La beauté de notre patrimoine leur doit beaucoup. Mais il faut
aussi mentionner l’emploi privé des entreprises spécialisées et des métiers
d’art. Et je n’oublie pas, enfin, l’ensemble des emplois rémunérés par des
fondations ou associations pour la restauration des édifices. Ainsi, la
fondation du patrimoine emploie-t-elle, grâce, notamment, aux ressources
qu’elle retire du mécénat, des jeunes en difficulté sur les chantiers qu’elle
anime : c’est une très belle illustration de ce que le patrimoine peut
apporter à la réinsertion. Il existe donc un secteur professionnel à part
entière dans le domaine du patrimoine, mêlant des métiers très divers,
mais dont le point commun est le haut niveau des compétences requises.

Je tiens à souligner l’attractivité de ce secteur pour les jeunes désirant
exercer des métiers qualifiés et valorisants, et c’est dans cette perspective,
notamment, qu’un concours d’architectes en chef des monuments
historiques sera ouvert en 2013, ce qui ne s’était pas produit depuis
plusieurs années.

Le patrimoine, c’est, enfin, la cohésion sociale. Admirer la qualité d’un
monument ou la beauté d’un site, c’est se livrer à la plus simple des
pratiques culturelles. Le patrimoine est accessible à tous, et, pour cela,
profondément populaire : en attestent, bien sûr, le succès constant des
journées européennes du patrimoine, mais aussi la fréquentation toujours
en hausse de nos monuments. C’est aussi le terreau d’un débat public
passionnant et passionné autour de la protection des édifices et des
modalités de leur restauration. Ce débat, animé notamment par le monde
associatif, est sain car il atteste de l’actualité des questions posées par le
patrimoine : que peut-on détruire, que doit-on conserver, à quel prix ?

C’est, enfin, la manifestation tangible du lien que nous pouvons tous
construire entre notre passé et notre avenir. Dans la période difficile que
nous traversons, je suis convaincue que la force de ce lien est pour nous
une source d’optimisme.

Mesdames et messieurs, je souhaite que mon action permette de placer le
patrimoine au coeur de la modernité. Le patrimoine, ce n’est pas le luxe, le
supplément d’âme ou la nostalgie, c’est la création de richesses, l’emploi
et le lien social par la culture.

Et c’est forte de cette conviction que j’ai demandé aux services du
ministère de la culture de préparer un projet de loi sur le patrimoine que je
souhaite soumettre à la concertation interministérielle en 2013. Je souhaite
que ce projet de loi porte non seulement sur les édifices protégés, mais
aussi sur les autres domaines constitutifs de notre patrimoine, qu’il
s’agisse de l’archéologie, des archives ou des musées.

Trois raisons principales m’amènent à m’engager dans cette voie.

La première tient à la nécessité d’actualiser le droit du patrimoine en
fonction des évolutions récentes que ce secteur à connues. Notre droit du
patrimoine repose, en effet, sur de grandes lois fondatrices qui, pour
certaines d’entre elles, sont relativement anciennes : la loi de 1913 sur les
monuments historiques, celle de 1930 sur les sites, dont l’application
relève du ministère chargé de l’environnement, ou encore celle de 1962
sur les secteurs sauvegardés, dont nous célébrons cette année le
cinquantième anniversaire. Toutes ces lois, précieuses, ont évidemment
été modifiées au fil du temps, mais il me paraît nécessaire de les
reconsidérer, aujourd’hui, en fonction des enjeux actuels de la préservation
du patrimoine. Par exemple, l’impact d’une inscription au patrimoine de
l’humanité, qui concerne aujourd’hui, je l’ai dit, trente-huit biens français et,
je l’espère, plus encore à l’avenir, n’a pas de véritable conséquence dans
notre droit national du patrimoine. Cela est évidemment préoccupant, et il
faut trouver les voies et moyens de mieux contrôler cette protection avec
nos outils juridiques nationaux. Un même constat peut être fait s’agissant
de la protection des paysages : notre droit est conçu pour protéger les
périmètres des édifices remarquables et, dans leurs limites spatiales, les
plus beaux sites. Mais on voit bien aujourd’hui que cette conception de la
protection, parfaitement nécessaire, ne permet pas de répondre
entièrement aux questions si actuelles de l’étalement urbain non maîtrisé
dans les périphéries urbaines et de ses conséquences négatives sur notre
environnement naturel, mais aussi esthétique. Je compte aborder aussi
cette question, en coordination parfaite, notamment, avec les ministères du
logement et de l’environnement. Enfin, j’ai, comme vous le savez, souhaité
qu’un livre blanc soit rédigé sur l’archéologie préventive. Si les conclusions
de la commission chargée de cette mission, que j’installerai en octobre
prochain, conduisent notamment à actualiser la loi de 2001 applicable à ce
domaine, un projet de loi sur le patrimoine sera un excellent vecteur pour
cela.

La deuxième raison résulte de ce que j’estime être un certain
affaiblissement de la protection juridique de notre patrimoine depuis
quelques années. Je ne défendrai jamais le « tout patrimonial » et, parce
que mon expérience d’élue me rend consciente des réalités du terrain,
parce que je suis aussi la ministre de la création, je sais qu’il serait
irresponsable de figer notre pays dans un glacis de protections faisant
obstacle à l’innovation. Pour autant, j’estime, et je ne suis pas la seule à le
dire, que certaines évolutions législatives récentes, comme celle, par
exemple, faisant disparaître d’ici à 2015, toute protection patrimoniale dans
les communes qui n’auront pas eu la possibilité de créer des aires de
valorisation du patrimoine, sont très discutables. Je serai, notamment, très
attentive, dans cette perspective, aux conclusions que rendra, d’ici la fin de
l’année, le groupe de travail animé par le service du patrimoine de la
direction générale des patrimoines – je tiens à saluer l’action de Mme
Isabelle Maréchal, qui dirige ce service – et consacré à l’évaluation des
réformes récentes des procédures de travaux sur les monuments
historiques. Les conclusions de ce groupe, mettant en présence
l’ensemble des acteurs du secteur, y compris les entreprises de
restauration et les associations de défense du patrimoine, pourront
contribuer très utilement à la préparation du projet de loi.

La troisième raison, à mes yeux la plus importante, est l’exigence d’une
vision d’ensemble du droit du patrimoine. Ce droit a évidemment évolué
depuis quelques années, mais soit dans le cadre de législations
spécifiques à un secteur particulier du patrimoine, comme la loi sur les
archives de 2008, soit en conséquence de grandes lois ayant un objet
principal différent, telles notamment les législations dites « Grenelle » ou
les lois de simplification du droit. Il en résulte que le législateur s’est
prononcé, pour ainsi dire, de façon incidente sur le patrimoine, sans être
amené à se pencher sur l’équilibre d’ensemble du droit qui lui est
applicable. Or, cette approche globale du patrimoine est indispensable
pour permettre à la représentation nationale de se poser, enfin, des
questions essentielles pour ce domaine : pourquoi conserver, comment
articuler conservation et innovation, quels bénéfices économiques, sociaux
et culturels peut-on attendre du patrimoine ?

Mesdames et messieurs, si je propose que ces questions soient posées,
c’est parce que j’ai la conviction que les réponses apportées, le moment
venu, par le législateur ne pourront que bénéficier au patrimoine. Depuis
mon arrivée au ministère de la culture, je constate, dans tous mes
déplacements, l’apport considérable du patrimoine pour relancer l’activité
économique d’une ville, pour faire évoluer positivement l’image d’un
territoire, pour, en un mot, faire progresser le sentiment individuel et
collectif de bien-être. Cela est vrai à Albi, dans le bassin minier et, ici, à
Metz. Les élus, quelle que soit leur tendance politique, le savent. Ce qui
fonctionne à l’échelle d’une ville, d’un territoire, d’une région, fonctionnera
aussi à l’échelle de notre pays. En cette période difficile, le devoir des
responsables publics est aussi d’imaginer ce qui pourra, dans dix ans,
contribuer à notre richesse et à notre bonheur. Le patrimoine ne sera pas
seul à jouer ce rôle, mais je suis persuadée qu’il le jouera. Préserver notre
patrimoine, c’est préparer notre avenir.

Je vous remercie.

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