Discours d’Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication à l’occasion du lancement de la 18ème édition du Printemps des Poètes

Prononcé le 04.03.2016 à 12h00 (SEUL LE PRONONCE FAIT FOI)

Discours

Monsieur le directeur artistique,

Cher Jean Pierre Siméon,

Monsieur le délégué général du Québec à Paris, Michel Robitaille,

Mesdames, messieurs, chers amis,

« Il n’y a pas de vocation des langues », disait Edouard Glissant.

Ainsi il battait en brèche le préjugé, en particulier français, disons-le, selon lequel il y aurait des langues vouées à la clarté,  naturellement porteuses d’humanisme. Certes pas.

Nous pouvons dire à l’inverse : il y a une vocation à la poésie.

Le Printemps des Poètes en est la plus vigoureuse des manifestations.

Nous inaugurons aujourd’hui ici rue de Valois à la fois une œuvre d’art et une manifestation littéraire, les nouvelles chaises-poèmes du jardin du Palais-Royal et le 18e Printemps des Poètes.

Les chaises poèmes ou « Causeuses poétiques » qui sont depuis hier dans le jardin sont le fruit de la collaboration de deux artistes, l’un québécois, Michel Goulet, l’autre français, François Massut. Dans ce magnifique jardin du Palais-Royal, deux chaises sont placées en vis-à-vis dont les dossiers portent une phrase ou un vers d’un poète ainsi qu’un dispositif sonore permettant d’écouter la voix d’un autre.

L’ensemble permet des rencontres intempestives : Pier Paolo Pasolini avec Victor Hugo, pour une causerie militante, peut-être, Arthur Rimbaud, avec Walt Whitman, pour la rencontre de deux solitudes.

Cette expérience (à la fois visuelle et auditive) s’adresse au flâneur du jardin et fera sans doute de la rencontre fortuite du promeneur avec la poésie un de ces « hasards objectifs » chers aux surréalistes.

Je veux remercier de leur présence Michel Robitaille, délégué général du Québec, ainsi que les poètes québécois invités : Gaston Bellemare et Nicole Brossard. Saluer aussi la présence de Robert Charlebois, que la France aime tant.

Permettez-moi de saluer également la mémoire d’une autre poétesse francophone,Liliane Wouters, lauréate du prix Apollinaire l’an passé, qui est décédée il y a quelques jours.

Chers amis,

Je suis personnellement attachée à soutenir la création poétique mais aussi à garantir les conditions de sa rencontre du public le plus large et le plus divers, en particulier, dans les territoires éloignés.

En ce sens, les actions menées par la Maison des écrivains et de la Littérature, celles menées en région avec le soutien des DRAC, la mobilisation de l’audiovisuel public participent également à la sensibilisation du public à la création poétique notamment contemporaine.

Le Printemps desPoètes, grâce à l’action de son vigilant directeur, Jean-Pierre Siméon, inspire chaque année d’innombrables initiatives sur tout le territoire ; elles essaiment dans les rues, les bibliothèques, les écoles, les théâtres, les librairies et même au-delà de nos frontières.

La manifestation a cette année pour thème « Le Grand XXe siècle, d’Apollinaire à Bonnefoy », prélude au centenaire de la bataille de Verdun célébré le 29 mai prochain. J’ai puconstater comme les enfants, les adolescents, sont touchés par un vers ou un poème qui dit la guerre plus que par n’importe quel autre message sur les conflits : Pensons à Eluard, pensons à Apollinaire.

« Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure

O mes soldats souffrants ô blessés à mourir. »

(Apollinaire, Le Poète)

A l’école, durant ce Printemps desPoètes « l‘éducation artistique et culturelle » dénomination un peu sèche, prendra un visage nouveau – les enfants pourront avec leurs enseignants organiser une kermesse poétique ou encore redéfinir la géo-poétique de leur territoire en le regardant sous un angle nouveau.

La poésie peut aussi être chantée et nous émouvoir en musique. Vous allez décerner un prix du poème chanté cette année, et je ne peux pas ne pas évoquer ici aujourd’hui, le grand poète populaire et fulgurant qui nous a quitté, il y a 25 ans, Serge Gainsbourg.

Le Printemps desPoètes a su aussi s’entourer de partenaires et de relais dont l’implication est inestimable et que je voudrais, pour finir, saluer :

La Comédie-Française qui met en voix et en musique les plus grands poètes à l’occasion des 50 ans de la merveilleuse collection Poésie/Gallimard et qui est magnifiquement représentée ce matin, Cher Eric Ruf ;

France Culture dédie son antenne à la poésie ;

l’association Lire et faire lire fait partager aux enfants la lecture de poèmes ;

l’Institut du monde arabe accueille l’hommage à Andrée Chédid ;

la RATP recouvre le métro parisien de poèmes affichés et enregistrés... et j’en passe.

Le Centre national du livre demeure un soutien fidèle de la manifestation et de la poésie en général ; Le CMN qui accueille la poésie en ses jardins et monuments.

Les libraires et les bibliothèques qui se mettent à l’heure de la poésie sur tout le territoire.

Je veux ici chaleureusement remercier ces partenaires pour ce travail de rencontres, on l’a vu, de transmission et de plaisir des mots.

Grâce à vous tous, le Printemps des Poètes est une grande fête populaire que chacun peut s’approprier en disant, en écoutant, en lisant, en chantant et en écrivant des poèmes.

La poésie sauvera-t-elle le monde, cher Jean-Pierre Siméon ?

En tout cas, elle essaie. Dans ce monde tenté par le repli, le certain, le fini, elle est par nature différence, altérité, polysémie, création, rébellion, liberté.

C’est pour cela qu’en temps de guerre, les poètes ont joué un rôle majeur, que la poésie a accompagné tous les grands combats de libération et d’émancipation. C’est pour cela qu’elle nous est précieuse, et nous mobilise tous.

Je vous souhaite un excellent Printemps des Poètes.

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