Discours d’Audrey Azoulay à l’occasion du 50ème anniversaire de la Maison de la Culture d’Amiens

Prononcé le 27.02.2016 à 18h00 (SEUL LE PRONONCE FAIT FOI)

Discours


Monsieur le président de région, cher Xavier Bertrand,

Monsieur le président d’Amiens métropole, cher Alain Gest,

Monsieur le président du conseil départemental, cher Laurent Somon,

Madame le maire, chère Brigitte Fouré

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le président de la Maison de la Culture, cher Thierry Kirscher

Monsieur le directeur, Cher Gilbert Fillinger

Mesdames, messieurs, chers amis,

Il y a d’abord cette évidence. Que 50 ans sont passés et que les mots d’André Malraux, prononcés sur ce même pupitre, aussi visionnaires que passionnés, sont toujours d’une actualité brûlante.

Que l’enjeu de civilisation qu’il décrit le 19 mars 1966, sept ans après sa nomination comme ministre des Affaires culturelles du gouvernement de Michel Debré, cette place revendiquée pour l’art, au plus près des citoyens, doit continuer à structurer notre action.

Plus que jamais le discours d’André Malraux nous appelle, nous oblige.

Plus que jamais la culture est notre urgence, elle est facteur d’émancipation individuelle et de cohésion sociale et je dirais même, cher Xavier Bertrand, d’union nationale. Elle est ouverture à l’autre ; elle est ferment de démocratie, elle appelle à entendre les langages nouveaux, ceux auxquels nous invitent les artistes, dans leur diversité et à travers leur regard singulier sur le monde.

Cette maison de la culture a été bâtie 50 ans après la bataille de la Somme. Le centenaire de cette heure tragique de notre histoire nous fait, encore aujourd’hui, mesurer combien le pari des maisons de la culture s’inscrivait dans une réponse profonde et structurante contre la barbarie, une réponse forgée par les enfants de ceux tombés dans la boue et l’inhumanité qu’on croyait la plus profonde et qui pourtant allait être suivie de l’horreur nazie.

Nous devons être fiers de poursuivre ce combat pour la culture, après les événements terribles que nous avons connus en 2015, à l’heure où nous devons retrouver des solidarités pour répondre à la crise de sens que nous traversons, à l’heure où, partout, en terre picarde comme en Europe, nous cherchons un nouveau souffle.

La création – qu’il s’agisse ici du théâtre, de la danse, de la musique, de l’art contemporain, de l’art des jardins – défie les intolérances, les discours simplificateurs, le rejet de l’autre. Elle est l’apprentissage de l’altérité, le ferment qui lie les hommes et les femmes entre eux. Au-delà de l’émotion qu’elle suscite, du divertissement qu’elle peut procurer, elle interroge nos certitudes et nous bouscule dans nos conventions.

Quel plus bel exemple de cette ouverture au monde que la présence de Tim Yip et de ses mondes parallèles. Cet artiste chinois crée sans s’embarrasser des frontières entre le costume de cinéma, la sculpture ou encore le design. Il inscrit cette magnifique exposition dans l’histoire de ce territoire, faisant écho à la cathédrale toute proche et aux cimetières des champs de bataille et à celui de Nolette, plus grand cimetière chinois d’Europe où gisent travailleurs et combattants de la Première guerre mondiale.

Je viens partager cet anniversaire entre la première et la seconde lecture au Parlement d’une loi qui consacre la liberté de création mais aussi de diffusion et de programmation. Au-delà des principes, la reconnaissance de cette liberté, fondamentale, ne peut avoir de sens qu’avec les moyens d’exister pleinement c'est-à-dire avec des moyens financiers.

C’est pour cela que le budget du ministère de la Culture et de la Communication a été augmenté de 2,7% en 2016, après avoir été mis à contribution pour redresser les finances publiques. Je dois dire d’ailleurs que cela n’a rien de nouveau : Malraux se plaignait de l’Inspection des finances qui lui a rogné son plan de développement des Maisons de la Culture, et déjà Jean Zay, le grand inspirateur de nos politiques culturelles, n’avait pas de mots assez durs dans ses écrits en captivité pour ceux qui tenaient les finances publiques d’une main trop serrée. Là aussi, la culture est un éternel combat.

Grâce aux décisions du Président de la République et du Premier ministre, il y aura en 2016 huit millions d’euros supplémentaires consacrés aux compagnies et à la jeune création à travers différents dispositifs dont je préciserai très bientôt les contours.

Le ministère continue à construire avec le concours des collectivités locales de nouveaux théâtres qui poursuivent et prolongent cette ambition. En novembre dernier, c’est le grand théâtre de Sénart qui était inauguré. Jeudi prochain, je serai à Clermont-Ferrand sur le chantier de la nouvelle scène nationale en construction.

Je veillerai aussi, pour les artistes et les techniciens du spectacle, à ce que les conditions d’emploi et de protection sociale soient garanties. Le régime des intermittents avant d’être l’enjeu de comptes sociaux, est la clé de voute de notre modèle de création. Vous pouvez compter sur mon engagement.

Ces maisons de la culture ont été le creuset de la création contemporaine et de leur rencontre avec le plus grand nombre. Le Havre, Bourges, Amiens, Grenoble, Bobigny, Chalon-sur-Saône, Chambéry, Créteil, les huit qui en composent la première histoire, décrivent une carte de France où se conjuguent un farouche optimisme et un réel sens du concret. Toutes portaient, dès leur création, la conviction que la culture pouvait contribuer à changer le monde mais qu’elle devait le faire au moyen d’outils adaptés.

Gabriel Monnet, premier directeur de Bourges disait que : « La Maison de la Culture doit être une machine à ouvrir les cœurs, les yeux et les oreilles afin de renouveler les rapports humains ».

Fidèle à l’esprit d’origine des Maisons de la Culture, Amiens est celle des artistes de tous bords, croisant le spectacle vivant, le cinéma, les expositions d’art contemporain, le jazz : n’oublions pas que nous fêtons aussi les 30 ans de Label bleu ! Ce label qui nous donne à entendre l’universalisme de Rokia Traoré, la fusion Klezmer et joyeuse de David Krakauer, la Kora de Ballaké Sissoko nous donne à vivre une musique du monde métissée et puissante.

Ces maisons sont des lieux de rencontre. Et comme vous le savez, les rencontres ne se décrètent pas. Elles ne s’improvisent pas. Elles sont le fruit d’un travail constant élaboré par les femmes et les hommes qui ont porté ces institutions, qui ont expérimenté de nouvelles façons d’accompagner les artistes et de permettre à tous de comprendre que les territoires de l’art étaient aussi les leurs.

C’est pourquoi je veux rendre un hommage appuyé aux directeurs qui se sont succédé à la tête de cette maison : Jean-Claude et Bernard Marrey, Philippe Tiry, Dominique Quéhec, Jean Marie Lhôte, Michel Orier, Jacques Pornon et Gilbert Fillinger. A travers eux, bien sûr, je pense aussi à toutes les équipes qui ont œuvré au cours de ces années à la réussite de cette maison dans la lumière des plateaux ou dans l’ombre.

Ici, à Amiens, c’est la première fois qu’une ville et l’Etat ont construit ensemble une Maison de la Culture. Depuis 50 ans, rien n’aurait été possible sans un patient partenariat entre l’Etat, les collectivités territoriales – ici, la Métropole d’Amiens est le premier partenaire public – et l’ensemble du monde professionnel.

C’est la force de notre modèle. Ne le laissons pas s’abîmer. Dès mon arrivée au ministère, j’ai réuni le Conseil des collectivités territoriales pour le développement de la culture. Je veux souligner à nouveau ici combien cette collaboration entre l’Etat et les collectivités est, pour moi, essentielle.

Un Etat fort, parfois appelé en garant ou en arbitre, mais un Etat à l’écoute, responsable et partenaire.

Je le dis dans une région qui a beaucoup investi pour la Culture, qui en sait plus qu’ailleurs encore tous les enjeux. Une région qui soutient, aujourd’hui et soutiendra plus encore demain, je l’espère, ce réseau d’établissements culturels de production et de diffusion si essentiels, à commencer par les 8 scènes nationales de Nord-Pas de Calais-Picardie, dont la Maison de la Culture d’Amiens fait partie. Sur tout le territoire français, les 72 scènes nationales réunissent chaque saison trois millions de spectateurs, dont un quart sont des enfants et des adolescents. Amiens y figure en bonne place avec ses 100 000 spectateurs annuels. Sous la direction de Gilbert Fillinger, elle poursuit l’histoire forgée avec Ariane Mnouchkine, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent et Antoine Vitez pour ne citer qu’eux.

Aujourd’hui, la Maison de la Culture ouvre de nouvelles pistes. Elle se transforme en centre européen de création et de production – et en cela ouvre les frontières que d’autres ferment. Je salue ici sa collaboration avec le festival des Jardins filtrants de Téhéran. Elle veut aussi dépasser ses murs pour investir l’espace public et participer aux débats de société, au plus près des habitants.

Demain de nouvelles générations d’artistes, de citoyens l’investiront. D’où le rôle fondamental de l’éducation aux arts, dans le temps scolaire et dans celui libéré par les nouveaux rythmes. L’importance aussi du réseau des bibliothèques que l’Etat va en 2016 aider financièrement à ouvrir le dimanche pour les villes qui s’engageront dans cette démarche. Du réseau des conservatoires, où se forment professionnels et amateurs, que l’Etat réinvestit après s’en être éloigné.

C’est avec ce réseau dense et ambitieux que nous pourrons, ensemble, créer les conditions de cette « métamorphose la plus profonde de l’être humain » que convoquait André Malraux.

Je vous remercie.

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