Évaluation des politiques publiques : trois illustrations dans le champ culturel [CM-2013-1]

Parution le 01.11.2013

Département des études, de la prospective et des statistiques Culture méthodes Statistiques

Thibault BRODATY
novembre 2013
12 p.

L’évaluation des politiques publiques permet de mesurer l’effectivité de la mise en œuvre d’une mesure et son efficacité, évaluée selon les objectifs définis et justifiant l’intervention publique. Les méthodologies d’évaluation des politiques publiques peuvent être de différentes natures et les sciences économiques disposent d’outils permettant une évaluation d’ordre économétrique.

Comparer directement les bénéficiaires et les non-bénéficiaires d’une mesure fournit une évaluation biaisée dans la mesure où ces deux groupes ont en général des caractéristiques différentes. Les méthodes économétriques ont en commun de résoudre ce problème en permettant de raisonner « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire d’isoler l’effet de la mesure afin d’en apprécier l’impact propre. Conformément au modèle causal de RUBIN, l’évaluation consiste ainsi à comparer la situation que l’on peut observer avec celle que l’on observerait en l’absence d’intervention publique. Cette dernière, appelée situation contrefactuelle, est fondamentalement inobservable et tout l’enjeu des méthodes économétriques est d’en fournir une estimation la plus précise possible. Les trois outils les plus classiques sont présentés ici et illustrés par trois dispositifs d’intervention publique dans le champ de la culture le label LIR, le dispositif École et cinéma et le crédit d’impôt audiovisuel.

Dans le cas du label LIR, il est proposé d’évaluer si le label a permis à certaines librairies d’améliorer leur taux de rentabilité. Le label LIR permet d’exposer théoriquement la méthode des différences de différences ou estimateur en double différences, qui consiste à comparer avant et après la création du label les librairies labellisées et non labellisées pour évaluer son efficacité.

Avec le dispositif École et cinéma, l’évaluateur se demande si le programme a permis de développer le goût des enfants pour le cinéma en analysant le taux de fréquentation annuelle des salles obscures des jeunes adultes. École et cinéma permet d’illustrer la méthode des variables instrumentales qui consiste à utiliser une source de variation exogène qui n’a pas d’effet direct sur le nombre d’entrées au cinéma des jeunes adultes mais qui explique la participation au programme de ces jeunes à l’école primaire.

Enfin, la méthode de la régression avec discontinuité est proposée pour l’évaluation du crédit d’impôt audiovisuel afin d’analyser l’objectif de localisation française des dépenses de production en mesurant le nombre de jours de tournage sur le sol français des sociétés de production. Cette méthode consiste à profiter de l’existence d’un score de sélection des participants au programme, et de restreindre l’évaluation au voisinage du seuil donnant l’accès au crédit d’impôt afin de mimer une affectation aléatoire des individus dans le programme.

Plutôt qu’une évaluation des dispositifs proposés ici à titre illustratif, cette publication vise à exposer des outils encore peu mobilisés pour l’évaluation de politiques culturelles.